L’Arctic ale, un nouveau style oublié ?

Une « distillation » par le froid, que nenni, une commande un peu particulière avec un cahier des charges assez pointu.
Laissez moi vous raconter cette petite histoire dans l’histoire.

John Franklin, à la tête de 134 hommes d’équipage répartis sur deux navires, l’Erebus et le Terror, quitte la Tamise, ce 19 mai 1845. L’expédition s’en va vers le Grand Nord pour trouver un passage vers l’Asie et explorer les dernières parties inconnues de l’Arctique canadien. Le second secrétaire de l’Amirauté, sir John Barrow organise là son dernier voyage pour trouver le passage du Nord-Ouest et naviguer dans l’hypothétique mer polaire ouverte autour du pôle Nord. Marins et navires ne reviendront jamais.

Sept ans plus tard, en 1852, la reine Victoria décide d’envoyer une expédition à la recherche de la première sous le commandement de Sir Edward Belcher. Mais cette fois, en vue de ce long périple, le gouvernement britannique mandate la brasserie Allsopp & Sons de fournir à l’équipage de Belcher une bière riche et nourrissante.
La bière est alors conçue spécialement pour supporter les longs voyages, pour survivre aux conditions difficiles et pour apporter des éléments nutritionnels aux membres de l’équipage. La brasserie, située à Burton-upon-Trent en Angleterre, a l’habitude de brasser des Pale Ale (India Pale Ale) destinées aux colons de la middle class et les mercenaires de la compagnie des indes, cette nouvelle bière se doit toutefois d’être plus nourrissante, chaleureuse et réconfortante.

Comme l’on peut s’en douter, cette bière sera un peu spéciale pour supporter le voyage et pour bien nourrir les pauvres marins . Elle a donc un taux d’alcool élevé, environ 12ABV afin de ne pas geler, une grande quantité de houblon pour lutter contre le scorbut et elle aide les malades à supporter la douleur, sans doute par son taux d’alcool élevé .

Cette bière « refusait de geler en dessous de -11°C » et par « -48°C, cette bière était saine et sauve ».

Mais cette expédition est un échec puisque 4 des 5 bateaux se trouvent pris dans les glaces . Un seul rentre 1854 en Angleterre avec un fond de stock de cette arctic ale qui sera conservé par la famille de l’explorateur jusqu’à nos jours et qui sera vendu sur Ebay en 2007.
Devant le succès de cette bière , commande fut passée pour l’expédition de 1875 sous la direction de Sir Georges Nares. Goûtant cette nouvelle cuvée 14 ans plus tard, un dégustateur décrit cette bière telle qu’ayant «  une jolie couleur marron, avec des saveurs vineuses mais en même temps des goûts de noisettes comme au premiers jour ». 1

Une analyse de couleur faite dans les années 1960 la donne à 156EBC «  elle n’a pas de goût d’alcool, pas plus de 9ABV » malgré sa DI de 1130 (47 lbs d’extrait par baril). Analysée en 1881 elle est à 11.25 ABV. Le dégustateur lui trouve «  une grande quantité de sucres non fermentés qui lui donne une grande valeur nourrissante ».
En comparaison les bières brassées pour le marché russe variaient entre 42 et 48 d’extrait lbs/barrel quand dans les années 1860 les bières fortes classiques étaient à 42 pour une DI de 1116.7.Dans les années 30, elle est renommée N)1 Burton Barley wine Allsopp’s arctic ale.
Dans les années 50, cette bière fait toujours partie de l’équipement de l’explorateur polaire.
Dans les année 60 peu avant sa disparition, elle devient Arctic Barley Wine.

Pour en savoir plus :

Le livre Let’s Brew de Ronald Pattinson

Les arctics ales étaient gardée en vats (traduction ?) pendant au moins un an comme toutes les ales fortes et étaient donc brettées (pourquoi ?) .
La baltic ale a été clonée il ya quelques années : https://arcticalchemy.wordpress.com/page/4/
Source Amber, gold and black Martyn Cornell et différents articles sur le net (citer les sources quand utilisées)
Un film a été tourné sur le sujet « The Beer Hunter « avec Michael Jackson2

  1. Artic Ale de Ronald Pattinson
  2. https://www.imdb.com/title/tt3158992/

2 commentaires Ajoutez le votre

  1. NachoGrande dit :

    Hello ! Pour la traduction de vats : on pourrait proposer légitimement fûts, dans la mesure où ces deux mots ont pour étymologie le vieux haut-allemand faz (qui a donné Fass en allemand, vat en néerlandais et en anglais et, mais c’est sujet à caution, fût en français).

    Toutefois, d’après l’Oxfor Dictionnary, vat désigne spécifiquement des contenants industriels de grand volume dans le domaine des boissons fermentées. On pourrait alors avancer le terme de foudre qui se rapproche sémantiquement. De plus, il semblerait que ce mot soit apparenté au Fulder allemand qui pourrait lui-même avoir la même racine que faz.

    Philologiquement,

    1. bazoo dit :

      Yo
      C’est pas évident à traduire vu que c’est assez spécifique . Les foudres sont beaucoup plus petites
      Bisous

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